Article de Marion Lesage (RSEDD 2019)

 

 

N’ayant pas de poissonnier à proximité et pas toujours la possibilité de me rendre dans un marché, j’achète régulièrement du poisson dans une grande enseigne de produits surgelés.
Je pensais naïvement qu’acheter du poisson labellisé pêche durable ou Marine Stewardship Council (MSC) pouvait me garantir de ne pas trop détruire la faune marine ou le fond des océans. Mais ça c’était avant. Avant de regarder le documentaire réalisé par Ali Tabrizil Seaspiracy. L’équipe nous emmène aux quatre coins du monde à la rencontre de pêcheurs, défenseurs et protecteurs des océans, responsables de label. Le constat est édifiant.

 

La question du plastique et des filets de pêche :

L’impact néfaste du plastique sur les océans est une réalité. Nous avons tous entendu parler des tonnes de sacs plastiques, pailles, gobelets, couverts qui se retrouvent dans les océans. Et représentent l’équivalent d’un camion poubelle rempli de plastique se déversant dans la mer et les océans à chaque minute. Sans minimiser le problème savons-nous que cela ne représente qu’une infime partie du désastre et que les filets de pêches rejetés constituent à eux seuls 46 % du vortex de déchets du Pacifique Nord et donc la principale cause de destruction indirecte des espèces marines par ingestion ou emprisonnement ?
Ne plus acheter brosses à dents, pailles, verres, couverts, sacs, bouteille en plastique c’est déjà bien mais réglementer la récupération des filets de pêche serait bien plus efficace pour lutter contre la pollution des océans et la destruction des espèces marines.
Pourtant aucune campagne d’information ne parle du rejet des filets, cordages et leur nécessaire récupération par les industriels de la pêche. Encore moins d’information sur la possibilité de réglementer les techniques de pêches qui permettraient de réduire la taille des filets et par voie de conséquence diminuer leur impact sur la destruction du fond des océans.

 

La question du non-respect des règles internationales de protection des espèces :

Le Japon continue à tuer à grande échelle des baleines malgré un moratoire international d’interdiction de cette pêche en vigueur depuis 1986. A Taiji, au Sud de l’archipel les dauphins sont rassemblés volontairement dans la baie pour y être massacrés ou capturés notamment pour être vendus à des parc aquatiques. Le marché est lucratif, plus de 100 000 dollars par dauphin vendu, et la pratique est placée sous haute surveillance. Pour un dauphin vendu, 12 sont tués. Pourquoi ? puisque la chair de dauphin ne se vend pas ? d’après Tamara Arenovich, membre de Sea shepherd conservation society, les dauphins sont considérés par les pêcheurs comme des concurrents : ils mangent de grande quantité de poissons ce qui signifie moins de « produits » disponibles.
Quant aux requins, espèce protégée, ils ne sont pas épargnés et tués à grande échelle pour prélever uniquement leurs ailerons vendus à prix d’or en Chine et à Hongkong. L’effet est désastreux, les requins ont perdu entre 80% et 99% de leur population depuis les années 70. A moyen terme cela signifie l’extinction de toute la chaine alimentaire des océans et par conséquent celle de la vie marine.

 

La question des prises accessoires : l’effet direct de la pêche intensive.

Il s’agit ici d’animaux attrapés lors de la pêche d’une autre espèce. Pour les requins cela représenterait 50 millions d’individus par an et plus globalement 40% des prises en filets, rejetées directement à la mer, en général déjà morts.
L’organisation Sea Shepherd Conservation estime qu’en France 10 000 dauphins meurent dans des filets de pêche chaque année. Sujet qui semble bien camouflé par les autorités. Hormis les initiés, qui se doutent que nous tuons des dauphins en mangeant du poisson pêché sur les côtes françaises ?
Pourtant une centaine de réglementations existent pour réduire la quantité des prises accessoires. Mais comment les faire appliquer et les contrôler avec 4,5 millions de bateaux de pêche commerciale en activité ?

 

La triste réalité des labels

Aucun label ne garantit des conditions de pêche respectueuse des animaux. La question des prises accessoires semble même être un sujet tabou.
Mark J. Palmer du Earth Island Institute qui certifie le label Dolphin Safe précise qu’il est retiré si un dauphin est tué lors de la pêche au thon. Il indique dans le même temps qu’aucun contrôle des pratiques n’est réellement possible et qu’aucune garantie ne peut être reliée à l’obtention du label. : « une fois en mer, comment savoir ce qui est fait ? ». Un label donc fantôme, payé par les pêcheurs pour mieux leurrer les consommateurs.
Le label MSC axe principalement son évaluation sur les stocks de poissons prélevés. Ceci suppose de laisser suffisamment de poissons dans la mer pour le renouvellement des espèces. On ne trouve sur le site aucune information sur les prises accessoires, sur les techniques de pêches et encore moins de données chiffrées. En résumé, l’affichage de bonnes intentions sans objectifs clairement identifiés donc incontrôlables.
Le Label ASC se donne pour mission l’origine et la traçabilité du secteur de l’aquaculture. Comme précédemment, aucune information précise sur le site ne permet de comprendre les objectifs à atteindre. Il s’agit d’un simple système déclaratif basé sur des audits indépendants dont le contenu n’est pas précisé.
Le label français Pêche durable délivré par le ministère de l’agriculture et de l’alimentation semble lui aussi échapper à la rigueur d’objectifs chiffrés et d’analyses réelles de la situation.

Tous font référence aux indicateurs de la FAO : organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.
On trouve sur le site l’intention de répondre à l’objectif de développement durable 14 « durabilité des stocks de poissons » et sa cible 14.4 « proportion de stocks de poissons dont le niveau est biologiquement viable » par cette phrase :
D’ici à 2020, réglementer efficacement la pêche, mettre un terme à la surpêche, à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et aux pratiques de pêche destructrices et exécuter des plans de gestion fondés sur des données scientifiques, l’objectif étant de rétablir les stocks de poissons le plus rapidement possible, au moins à des niveaux permettant d’obtenir un rendement constant maximal compte tenu des caractéristiques biologiques.

La question de la pêche responsable et durable semble visiblement réservée à des initiés ou des spécialistes. Le grand public n’est visiblement pas en mesure d’analyser des informations chiffrées, de comprendre des objectifs clairement identifiés. En bref, un simple consommateur qui doit comme dans beaucoup d’autres domaines se contenter de faire confiance à des logos apposés sur des emballages. La transparence dans le secteur de la pêche ne semble pas être tout à fait à l’ordre du jour.

En attendant nous pouvons interroger notre poissonnier, nous renseigner directement auprès des pêcheurs ou ne plus manger de poissons. Cette dernière option semble un peu radicale mais finalement dans l’état actuel des pratiques, de l’absence de réelles contraintes et de contrôles, n’est-elle pas la plus efficace pour obliger les industriels de la pêche à agir autrement ?
La multiplication de grandes étendues marines protégées où la pêche serait strictement interdite pour restaurer la faune et la flore marine serait une option à retenir mais n’est-ce pas une goutte d’eau dans l’océan ?

Pourtant, préserver les espèces marines et l’écosystème mer océan est un enjeu stratégique pour la planète. Quand l’on mesure que le phytoplancton absorbe quatre fois plus de CO2 par an que la forêt amazonienne et que les océans produisent 85 % de l’oxygène que nous respirons, on comprend mieux que protéger la faune et la flore marines c’est aussi protéger la terre entière.

 

 

 


Sources

https://www.netflix.com/title/81014008

http://www.fao.org/state-of-fisheries-aquaculture/en/

http://www.fao.org/publications/sofia/2020/fr/

Homepage

https://fr-fr.facebook.com/SeaShepherdFrance

https://agriculture.gouv.fr/lecolabel-public-peche-durable

https://www.msc.org/frhttps://www.asc-aqua.org

https://dolphinsafe.earthislandph.org

 

 

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