Article de Séverine Laisney (RSEDD 2020)

 

On entend souvent parler de l’usure professionnelle (UP) des travailleurs sociaux ? Mais de quoi parle-t-on ? Est-ce une autre manière de parler des risques psycho-sociaux ? Pourquoi les travailleurs sociaux en particulier ? Comment comprendre, comment agir et prévenir ?

L’IDEFHI, deuxième établissement médico-social de France a souhaité objectiver pour comprendre cette notion d’usure professionnelle jusqu’alors peut abordée dans ses rapports d’évaluation des risques psycho-sociaux.

Avec l’appui d’un intervenant chercheur en Santé Travail Performance, une étude a été menée visant à éclaircir l’origine de cette notion et ce, en identifiant les facteurs de risques corrélant avec l’usure effective des professionnels du secteur médico-social.

L’ensemble de l’analyse s’est concentré autour d’un outil de collecte de données appelé « Baromètre UP » élaboré en interne sur la base de l’ADS (Analyse des Données Sociales) de l’ARACT (Agence Régionale de l’Amélioration des Conditions de Travail) et construit à partir de la définition de l’usure professionnelle considérant qu’elle est le résultat d’une exposition prolongée à un cumul de facteurs de travail pénibles ayant pour effet le vieillissement prématuré des professionnels.

Après une recherche de facteurs associés aux 3 composants de la définition, les travaux menés en mode projet ont permis d’identifier 4 facteurs dont l’exposition prolongée corrèle avec un vieillissement prématuré des professionnels mesuré à partir de critères tels que la fréquence de l’absentéisme et l’intensité des signaux faibles.

 

Les facteurs d’usure professionnelle identifiés par l’analyse statistique

Parmi les 4 facteurs, deux sont propres aux professionnels et permettent objectivement d’obtenir un élément de mesure de la vulnérabilité des individus, il s’agit de l’âge et de l’ancienneté dans le poste de travail (différent de l’ancienneté dans le métier).

Les deux autres facteurs de risques d’usure sont propres au poste de travail, il s’agit à l’IDEFHI du rythme de travail et des agressions verbales et physiques du public accueilli. En effet, accompagner un public fragile en continu c’est-à-dire nuit et jour tout au long de l’année qui plus est fréquemment enclin à la violence expose les professionnels à une usure prématurée.

Ces résultats mettent en exergue le fait que le cumul d’exposition d’un professionnel au regard de son âge, de son ancienneté sur son poste de travail, du rythme de travail sur lequel est basé son service et des agressions ayant lieu dans son environnement de travail le rend factuellement plus usé.

La réalisation d’un plan de prévention de l’usure professionnelle principalement basé sur la gestion des âges, de l’ancienneté et la mobilité préventive au sein de l’établissement a donc été proposée et entrepris.

Pour autant, une réflexion plus récente remet en question ces travaux, non pas sur les résultats observés mais davantage sur l’incomplétude de l’analyse.

 

L’approche RSE comme levier de réflexion éthique et systémique

En effet, l’approche RSE nous invite à nous questionner davantage sur l’évolution de notre environnement au sens large, à procéder à des analyses systémiques, à rechercher l’origine et le sens de nos actions, à identifier les facteurs de motivation qui favorise l’engagement des professionnels. L’approche RSE s’intéresse à l’éthique, pourquoi vouloir devenir éducateur ? Quel est le profil des professionnels qui se sont engagés dans cette voie ? Quelle est la finalité des métiers du médico-social ?

Ainsi, la prise en compte plus large des mégatrends du secteur médico-social et notamment l’évolution des métiers du travail social ces dernières décennies fait apparaitre de fait des différences d’approches et de pratiques intergénérationnelles mais aussi une adaptation indispensable des professionnels aux nouvelles contraintes du secteur.

Nous sommes passés d’une logique de prise charge à long terme à une logique d’accompagnement social à court terme sous les effets de trois phénomènes :

  • La critique de l’enfermement et de relégation dans les institutions spécialisées,
  • L’élargissement du travail social en direction de publics de plus en plus nombreux
  • La volonté politique de contenir les coûts du travail social

L’accompagnement à court terme financé sur projet va donc de pair avec la recherche d’un résultat rapide, une obligation de turnover des mesures qui empêche de prendre le temps éducatif nécessaire à un accompagnement pertinent.

En amont de ces évolutions politiques, se pose également la question du sentiment d’impuissance des métiers éducatifs en ce qu’ils se heurtent à l’absence d’atteinte d’un idéal.

Derrière une problématique de sens du travail social, apparait aussi une question de finalité du travail social.

Doté d’un fort engagement personnel qui accentue leurs attentes quant à cette finalité de leurs actions, l’éthique des travailleurs sociaux se trouve alors ébranlée.

Au-delà d’une question de vulnérabilité et de pénibilité, l’usure professionnelle trouve donc également ses sources dans des causes bien plus profondes qu’il conviendra d’investiguer pour mieux comprendre le phénomène : des transformations du travail social, une quête de sens en déperdition, un sentiment d’impuissance accru… autant de tendances constatées dans le secteur du médico-social qui peuvent expliquer une fatigabilité prématurée des professionnels.

Mais si l’approche RSE nous permet de mieux comprendre l’origine des maux du médico-social, elle nous permettra également d’identifier les chemins à emprunter permettant dans un tout systémique de redonner du sens au travail.

 

 

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