Article d’Edouard Augarde (RSEDD 2020)

 

 

Bushidô, Furoshiki, Ikebana, Ishikawa, Kintsugi, Kanban, Kaizen, Pecha Kucha, Poka-Yoké, Umami, Zen… La liste est longue. Tous ces mots japonais, quand on les lit, activent notre mémoire. Ils nous ramènent à des concepts managériaux étudiés ou utilisés, à des outils des mondes de la qualité ou de la logistique, à une philosophie, à un art de vivre ou bien encore à un nouveau goût… Nous ne les connaissons pas tous, et pourtant ils font partie de notre vie personnelle et professionnelle, que l’on en ait conscience ou non. En revanche, il est impossible que vous n’en connaissiez pas au moins un, car tous les anciens étudiants de l’ISIGE doivent au moins se souvenir de leur Pecha Kucha… Je pourrais dans cet article les aborder un par un, en proposer une traduction et en donner une définition avec les explications afférentes, mais je voudrais plutôt proposer un seul mot, absent de la liste : Ikigai.

La première définition que l’on pourrait donner est assez simple à trouver dans l’étude des kanji qui compose le mot Ikigai (qui peut se prononcer Ikigaï) vient du japonais : 生き甲斐. Formé de iki, qui veut dire « vie » et de « gaï » qui peut se comprendre par « qui vaut la peine », on peut étymologiquement le comprendre comme « sens de la vie », « joie de vivre », «puissance nécessaire pour vivre dans ce monde, bonheur d’être vivant, bénéfice, efficacité», ou bien encore « raison d’être »[1]. Ce mot nous vient d’Okinawa. Situé dans l’Océan Pacifique, l’île d’Okinawa, au même titre que la Crète, est souvent montrée en exemple pour un régime alimentaire qui favoriserait l’extrême longévité de ses habitants[2]. Obésité, cancers, ostéoporose, attaques cérébrales, maladies cardiaques : tous ces troubles qui déciment les populations occidentales sont beaucoup moins fréquents pour ces Japonais résidant à Okinawa. Elle détient d’ailleurs le record mondial de centenaires, 33 pour 100.000 habitants. Poisson, riz, soja, fruits de mer, tofu et légumes à peine cuits constituent l’essentiel de leur menu, alors que la viande est très peu consommée et les graisses et les sucres rapides quasiment pas. Cette nourriture équilibrée permet également de lutter contre le vieillissement cellulaire.

Okinawa est également connue pour être le berceau des arts martiaux[3] (notamment le karaté, « la main vide ») car, pour différentes raisons historiques, les armes y étaient strictement interdites. Les techniques de combat avec les pieds et les poings se sont forgées au fil des décennies, en incluant parfois l’utilisation d’outils agraires[4] (bâton, trident, tonfa, nunchaku, faucille, fléau, houe…). Au-delà de ces aspects liés au combat, les maîtres du karaté d’Okinawa prônent une véritable philosophie où les valeurs spirituelles et la finesse mentale sont à privilégier et où toute forme de brutalité est à proscrire. Les aspects spirituels de la voie du karaté-do demandent au karatéka d’adhérer à plusieurs principes : le respect, user du karaté comme un moyen de défense et non d’attaque, l’équité, apprendre à se connaître et à connaître les autres, cultiver un esprit libre en se battant contre l’égocentrisme, avoir la recherche de la perfection… On le comprend bien, le karaté est une forme d’art martial qui s’inspire du Budô « voie du guerrier » qui allie l’esprit et le corps et qui contribue au développement de la personne.

Nourriture terrestre, nourriture spirituelle… Beaucoup d’autres éléments pourraient être abordés ici pour parler de la philosophie de vie que l’on retrouve à Okinawa avec l’Ikigai. Ce principe qui permet à tout un chacun de trouver un sens à ce que l’on fait, à ce que l’on veut vivre et qui donne envie de se lever le matin.

Mieko Kamiya[5], psychiatre japonaise et auteure du livre Ikigai ni Tsuite, nous apprend que lorsqu’une personne cherche à définir sa raison d’être, elle en vient à se poser deux questions :

  • A quoi sert mon existence ? Est-ce pour quelqu’un ?
  • Quel est le but de mon existence ? Si j’ai un but dans mon existence, y suis-je fidèle ?

Pour elle, la raison d’être raisonne encore plus fort et est d’autant plus ressentie lorsqu’une personne est en accord avec elle-même sur les deux questions. Ainsi, quelqu’un qui a un objectif de vie qui a du sens ou qui accomplit un devoir en accord avec ses valeurs premières, pourra trouver une joie de vivre et sera moins enclin à la nervosité et moins exposé à des symptômes dépressifs.

Il n’existe pas à proprement parler une méthode ou un outil japonais pour définir son Ikigai. En s’inspirant des travaux de Dan Buettner[6] et après 10 ans de recherche, Marc Winn, un entrepreneur, a proposé sur son blog[7] le diagramme suivant :

 

Diagramme de Marc Winn
Diagramme de Marc Winn

 

En naviguant sur internet, on comprend que cet outil peut servir à des conseillers d’orientation pour aider un jeune à réfléchir sur de possibles métiers, qui soient en accord avec ses valeurs. C’est d’autant plus important pour la génération Z qui commence à arriver sur le marché du travail[8]. Il est utilisé par des coach de vie, des psychologues, et on en parle de plus en plus comme d’un outil pouvant servir les entreprises à travailler sur leur raison d’être[9] ; je vous invite notamment à lire sur le site internet de Cadremploi le très bon article de Fleur Chrétien, L’Ikigai pour vous aider à trouver votre raison d’être professionnelle (Lien vers l’article). Peut-être utiliserez vous ce concept, pour vous, pour vos enfants ou votre entreprise ? Nous ne le saurons jamais, mais en tout cas, avoir travaillé pour cet article a donné un peu plus de sens à ma vie.

 

 

Sources

[1] https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/01/20/seize-biais-qui-empechent-de-se-connaitre-et-de-faire-les-bons-choix_5411906_4401467.html

[2] https://www.ted.com/talks/dan_buettner_how_to_live_to_be_100?language=fr#t-38074

[3] https://www.youtube.com/watch?v=H8eXBylDpiE

[4] https://www.youtube.com/watch?v=VYIqbsdyY8g&t=3s

[5] https://en.wikipedia.org/wiki/Mieko_Kamiya

[6] https://en.wikipedia.org/wiki/Dan_Buettner

[7] https://theviewinside.me/what-is-your-ikigai/

[8] GENTINA Élodie, DELECLUSE Marie-Ève, Génération Z, Des Z consommateurs aux Z collaborateurs, 2018, Dunod, 192 pages, N° ISBN 978-2-10-076425-9

[9] https://www.cadremploi.fr/editorial/conseils/conseils-carriere/likigai-pour-vous-aider-a-trouver-votre-raison-detre-professionnelle

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